09/10/2018

Quatre Pariscultrices “BienÉlevées” sur le toit du Monoprix Bièvre

Concentrés pour leurs courses de la rentrée, la plupart des clients du Monoprix Bièvre dans le 13e arrondissement ne semblent pas soupçonner que juste au-dessus de leurs têtes, quatre sœurs sont en train d’aménager un jardin aussi rare que poétique : 677 m2 de culture de Crocus sativus, dont le pistil des fragiles fleurs violettes offrira la plus rare des épices, le safran.
En cette soirée de lundi 3 septembre, Berengère, tout sourire, nous attend derrière les locaux de l’enseigne à l’apostrophe rouge. Elle est la benjamine des quatre sœurs à l’origine de la Maison d’agriculture “BienÉlevées” et désignées le 18 juin dernier pour exploiter cette impressionnante surface totale de presque 2 000 m2. Très vite, elle nous invite à rejoindre l’ainée de la fratrie, Amela, déjà en haut, les mains dans la terre pour planter les 35 000 bulbes originaires du Doubs et issus de l’agriculture biologique, avec l’aide de bénévoles – voisins ou amis. “Nous venons de terminer d’installer les 484 bacs fournis par nos partenaires de BACSAC. Nous sommes donc pile dans les temps pour planter les bulbes, lesquels n’ont besoin que de quelques mois pour germer”, explique alors Berengère, prête – et manifestement impatiente ! – à enfiler sa tenue de jardinière. Car il faut dire que le quatuor de jeunes femmes entretient une relation particulière avec l’agriculture et le safran. “Si nous sommes aujourd’hui parisiennes, raconte la Pariscultrice, nous sommes en réalité originaires du Bourbonnais, dans le nord de l’Auvergne. Notre père est agriculteur et nous avons grandi à la campagne. Le travail de la terre, c’est important pour nous et nous souhaitions perpétuer cette pratique même en habitant en ville. Quant au safran, c’est une espèce qui nous a fasciné très tôt, car elle possède un fort caractère mythologique : c’est elle qui aurait arrêté Alexandre le Grand, alors qu’il s’apprêtait à marcher sur la région du Cachemire. Son armée, se réveillant cernée par cette plante qui fleurit en une seule nuit, aurait refusé de continuer plus en avant.” Une belle histoire, mais qui contribue au préjugé selon lequel Crocus sativus ne pousserait qu’au Moyen-Orient. “C’est tout à fait faux, poursuit Berengère. Pour en être certaines, nous avons d’abord fait pousser quelques plants chez nos parents, puis sur nos balcons parisiens. À chaque fois, c’était un succès !” Et pour cause : le climat de la Capitale se prête en réalité parfaitement à l’exploitation de cette plante résistante au froid et qui devrait même se satisfaire des précipitations pour s’épanouir. Malgré ces qualités, hors de question de laisser l’exploitation sans surveillance : si le safran fleurit en une nuit, il ne lui faut guère plus de temps pour se flétrir. Rendez-vous est donc donné fin octobre, sur le fil du rasoir, pour découvrir la toiture du Monoprix coiffée de violet et assister à la cueillette de ces précieuses fleurs, dont 150 spécimens sont nécessaires pour produire un seul gramme d’épice…

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